1) Marie comme nouvelle Arche de l’Alliance
Le parallèle entre Marie et l’Arche de l’Alliance est une clé herméneutique importante :
a) Correspondances bibliques
- Déplacement dans le pays de Juda
Luc 1, 39 : Marie « partit en hâte » pour le haut pays de Juda.
2 Samuel 6, 2 : David monte également en Juda pour amener l’Arche de Dieu.
→ Ces déplacements montrent une connexion symbolique : Marie, porteuse de Jésus, est assimilée à l’Arche, porteuse de la présence divine.
- Accueil de la présence divine
- Luc 1, 43 : Élisabeth s’écrie : « Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? »
2 Samuel 6, 9 : David s’exclame : « Comment l’Arche du Seigneur pourrait-elle venir chez moi ? »
→ Dans les deux récits, la venue de l’Arche/Marie est perçue comme une manifestation divine.
- Joie dans la présence de Dieu
Luc 1, 44 : « L’enfant a bondi d’allégresse en mon sein. »
2 Samuel 6, 14 : David danse devant l’Arche avec une grande joie.
→ La joie est une réponse naturelle à la proximité de Dieu, que ce soit par l’Arche ou par Marie portant Jésus.
b) Le contenu de l’Arche et Marie
L’Arche contenait des éléments préfigurant le Christ :
- La manne (symbole du Pain de vie, Jean 6, 48).
- Les tables de la Loi (symbole de Jésus, Verbe fait chair, Jean 1, 1-14).
- La verge d’Aaron qui avait fleuri (symbole de la résurrection, Jean 11, 25).
Marie, en portant le Christ, accomplit ces figures prophétiques : elle contient en elle la pleine révélation de Dieu.
2) Lecture suivie : La théologie de Luc 1, 41-45
Verset 41 : La réaction à la salutation
« L’enfant bondit dans le sein d’Élisabeth et elle fut remplie du Saint-Esprit. »
→ La salutation de Marie agit comme un vecteur de grâce. Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère, reconnaît par l’Esprit Saint la présence de Jésus. Cet événement anticipe son rôle de précurseur, comme prophétisé en Luc 1, 15.
Verset 42 : « Tu es bénie entre toutes les femmes »
Élisabeth, inspirée par l’Esprit Saint, élève Marie au-dessus de toutes les femmes. Ce parallèle rappelle Juges 5, 24, où Yaël est bénie pour son rôle dans le salut d’Israël. Mais Marie est davantage : elle porte en elle l’auteur du salut universel.
Verset 43 : Reconnaissance du Seigneur
« Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? »
→ Le terme « Seigneur » confère à Jésus un titre divin dès l’instant de son incarnation. Cette reconnaissance est un acte de foi extraordinaire, d’autant plus que Jésus n’est pas encore né. Cela souligne que l’Esprit Saint révèle des vérités profondes au-delà de l’évidence visible.
Verset 44 : Joie messianique
Le bond de Jean-Baptiste symbolise l’exultation messianique. Ce mouvement intérieur préfigure son rôle : annoncer la venue du Messie et se réjouir en sa présence (cf. Jean 3, 29-30).
Verset 45 : La foi de Marie
Élisabeth proclame Marie « bienheureuse » pour sa foi en l’accomplissement des promesses divines. Cette foi contraste avec le doute de Zacharie (Luc 1, 18). Marie devient ainsi un modèle de foi libre et totale, s’alignant sur la foi d’Abraham (Genèse 15, 6).
3) Marie, première évangélisatrice
La Visitation peut être interprétée comme un acte d’évangélisation :
- Annonce implicite de la bonne nouvelle
La simple salutation de Marie transmet la présence de Dieu et le don de l’Esprit Saint.
- Préfiguration de l’Église en mission
Comme Marie se hâte pour partager la joie de l’Incarnation, l’Église est appelée à porter le Christ au monde.
4) Applications spirituelles et théologiques
a) La joie de la présence divine
Le texte souligne la joie débordante qui accompagne la rencontre avec Dieu, une joie qui se manifeste aussi bien chez Élisabeth, Jean-Baptiste, que dans l’histoire de David.
b) L’exemple de foi
Marie est le modèle d’une foi totale en Dieu, une foi qui rend possible l’accomplissement des promesses divines.
c) L’unité des alliances
La Visitation illustre l’accomplissement de l’Ancienne Alliance dans la Nouvelle. Jean-Baptiste, dernier prophète de l’ancienne ère, reconnaît Jésus, initiateur de la nouvelle ère.