Le Purgatoire

Pour comprendre la doctrine du purgatoire, il est nécessaire de connaître un certain nombre de préalables. Le premier de tous, concerne la façon dont Dieu s’est manifesté, « comme un feu ». La seconde, notre vocation finale de voir Dieu « face à face ». La troisième concerne la situation de l’homme suite au péché originel. La quatrième comporte deux notions de la vie chrétienne : La justification et la sanctification. La cinquième  l’heure de la mort et le jugement particulier. La sixième, concerne la purification – passive – de notre âme et la dernière concerne l’intersession des saints qui nous aident à passer ce purgatoire.

C’est donc sur la base de ce plan que nous vous proposons de construire ce billet.

intercession

Il nous serait impossible d’entrer dans les détails de chacune des notions qui seront soulevées. Le but ici est de tracer succinctement les contours des thématiques, conduisant à la doctrine du purgatoire. Nous le ferons en suivant ces points :

  • Car notre Dieu est un feu dévorant.
  • Face à Face
  • La situation de l’homme
  • Justification et sanctification
  • La sanctification par le sacrifice
  • La sanctification par la Charité
  • Le Jugement particulier
  • Le Purgatoire
  • La situation du Riche et de Lazare

Car notre Dieu est un feu dévorant (Hébreux 12, 29)

Dès l’ancien testament, Dieu se révèle sous l’aspect d’un feu. Dans un premier temps, à Moïse :

Ex 3, 2-4 L’ange du SEIGNEUR lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. Il regarda: le buisson était en feu et le buisson n’était pas dévoré. Moïse dit: « Je vais faire un détour pour voir cette grande vision: pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas? » Le SEIGNEUR vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson: « Moïse! Moïse! » Il dit: « Me voici! »

Puis à toute la maison d’Israël :

Exode 24, 17 La gloire du SEIGNEUR apparaissait aux fils d’Israël sous l’aspect d’un feu dévorant, au sommet de la montagne.

Il existe encore de nombreux passages attestant de la manifestation de Dieu par le feu dans l’ancien testament, mais il en existe un qui atteste que ce feu purifie du péché :

Isaïe 6, 5-7 Je dis alors: « Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures et mes yeux ont vu le roi, le SEIGNEUR, le tout-puissant. » L’un des séraphins vola vers moi, tenant dans sa main une braise qu’il avait prise avec des pinces sur l’autel.Il m’en toucha la bouche et dit: « Dès lors que ceci a touché tes lèvres, ta faute est écartée, ton péché est effacé.« 

Face à Face

Au terme de notre vie terrestre, il y aura un jugement particulier, il s’en suivra une condamnation, une purification ou alors un accès directe à la vision béatifique. Car c’est bien de cela donc il est question. « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face. »(1 Co 13, 12)

Apocalypse 22, 4-5  Il n’y aura plus d’anathème. Le trône de Dieu et de l’agneau sera dans la ville ; ses serviteurs le serviront et verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts. Il n’y aura plus de nuit ; et ils n’auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles.

Si Dieu est « un feu dévorant« , et que in fine, il nous faudra le voir « face à face« , il nous faut alors nous questionner sur les différentes étapes de l’existence humaine qui nous conduiront vers Lui. Mais dans notre situation présente, il nous est impossible de Le voir :

Exode 33, 20 Dieu dit: « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre. »

Hébreux 12, 14 Recherchez la paix avec tous, et la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur.

La situation de l’homme

Depuis la faute originelle, l’homme porte en lui une blessure, une blessure qui le coupe irrémédiablement de son prochain et de Dieu. Et cette blessure ne tarde pas à se faire jour dans le livre de la genèse au chapitre 3.

Dans un premier temps, « Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes. » (Gn 3, 7). La première chose qui est connue, c’est leur nudité, la seconde, c’est la peur (cf. v.10 plus loin), et la conséquence, est de se cacher leur intimité l’un, l’autre. L’intimité est désormais liée à la peur, peur d’être vu, de se dévoiler, d’être dévoilé, et pas seulement concernant notre corporéité, mais aussi nos pensées, ou notre âme. Le secret, fait son entrée dans le cœur humain, la confiance est désormais rompue.

Ensuite, « ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour. L’homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin.« (Gn 3, 8). La situation du Seigneur « au milieu des arbres du jardin« , laisse ici à penser qu’Adam et Eve étaient allés se cacher dans sa périphérie… Sans doutes, dans l’ombre, les ténèbres; loin de « la face du Seigneur ». »Le SEIGNEUR Dieu appela l’homme et lui dit: « Où es-tu?« . Pour le moment, le péché fait lentement son oeuvre dans le cœur de l’homme qui préfère à présent les ténèbres subjectives, à la lumière divine; il refuse de confesser sa faute, il est perdu… C’est alors que le Seigneur Dieu l’appelle « Où es-tu? »

Gn 3, 10. 12-13 Il répondit: « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché. » (…) »La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme: « Qu’as-tu fait là? » La femme répondit: « Le serpent m’a trompée et j’ai mangé. »

« La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre« . Adam rejette la faute sur Dieu (que tu as mise auprès de moi) , puis sur la femme (c’est elle qui m’a donné). Désormais sa volonté s’applique à agir conjointement avec le péché plutôt que de le confesser, de le porter en lumière. Au lieu de répondre « Oui Seigneur, j’ai mangé du fruit que tu m’avais interdit », il conserve en lui la faute, cachée, et rejette la responsabilité sur l’Autre. La femme – quant à elle –  en fait de même, mais avec le serpent. Le serpent lui, reste dans un silence absolu…

Ainsi donc est – en partie – la nature du péché originel. Une rupture d’alliance avec Dieu et une nouvelle avec soi dans le péché.

NB. Pour approfondir la question du péché originel, nous vous proposons cette conférence du père Samuel Rouvillois.

 Justification et sanctification

Le sujet étant le purgatoire, nous n’allons donc pas nous étendre sur cette question complexe. La justification nous introduit dans la vie chrétienne par la foi (Rm 3, 23-25) pour les protestants et catholiques, par la charité (Jc 2, 29; Rm 2, 13-16; Lc 7, 47…) et le baptême (Rm 6, 1-11) pour les catholiques seulement. Pour aller plus loin à propos de la doctrine de la justification, voir la  « DÉCLARATION CONJOINTE SUR LA DOCTRINE DE LA JUSTIFICATION de la Fédération Luthérienne Mondiale et de l’Eglise catholique« .

Si la justification est un retour en l’alliance nouvelle avec Dieu par la foi et le baptême, la sanctification quant à elle, c’est la vie qui s’en suit, jusqu’à l’heure de la mort.

La sanctification, c’est de pratiquer les oeuvres de Charité, à savoir de faire la volonté de Dieu. Et cette volonté nous est donné ici :

Matthieu 22, 37-40 Jésus lui déclara: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est là le grand, le premier commandement. Un second est aussi important: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes. »

Le commandement de Dieu, c’est donc d’aimer. Oui, mais pas de n’importe quel amour ! L’amour Agapé, ou la Charité, se défini comme une capacité d’amour envers ce qui est ennemi de nous même. Aimer « par dessus », jusqu’au sacrifice. (cf. 1 Co 13)

La sanctification par le sacrifice

Dans « La situation de l’homme », nous avons vu que désormais, l’être intérieur de l’homme est corrompu. En conséquence, c’est à présent dans ce cœur que se livre le combat entre « l’Esprit et la chair » (cf. Rm 7, 7-25).

Mais reprenons la notions de sacrifice depuis l’ancien testament, jusqu’au nouveau. Sous l’ancienne alliance, et ce malgré l’institution des sacrifices d’animaux, Dieu n’hésite pas à dire par la plume du prophète :

Isaïe 1, 11-14 Que me fait la multitude de vos sacrifices, dit le SEIGNEUR? Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’en veux plus. Quand vous venez vous présenter devant moi, qui vous demande de fouler mes parvis? Cessez d’apporter de vaines offrandes: la fumée, je l’ai en horreur! Néoménie, sabbat, convocation d’assemblée …  je n’en puis plus des forfaits et des fêtes.Vos néoménies et vos solennités, je les déteste, elles me sont un fardeau, je suis las de les supporter.

Car Dieu espérait un autre sacrifice :

Osée 6, 6 Car c’est l’amour qui me plaît, non le sacrifice; et la connaissance de Dieu, je la préfère aux holocaustes.

Ce qui déplaît à Dieu, c’est le commerce que nous pensons faire avec Lui. « Je te donnes ces boucs en sacrifice et tu me justifie »… Le sacrifice extérieur, seulement.  Le Christ n’a eu de cesses de le rappeler, avec force, lorsqu’il chassa les marchands du Temple : »Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce » (Jn 2, 13-25), ou qu’Il mit en garde les pharisiens :

Matthieu 23, 27-28 Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis: au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et d’impuretés de toutes sortes. Ainsi de vous: au-dehors vous offrez aux hommes l’apparence de justes, alors qu’au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité.

Le « sacrifice extérieur » n’est non seulement pas efficace, mais en plus, il déplaît grandement à Dieu… Comme si le massacre d’animaux pouvait satisfaire à Dieu, comme s’Il était assoiffé de ce sang là ! Non, « le sacrifice voulu par Dieu, c’est un esprit brisé; Dieu, tu ne rejettes pas un cœur brisé et broyé. » (Ps 51, 19).

Le Christ ouvre la voie en étant Lui même à la fois prêtre (He 7, 17), et victime (1 Co 5, 7):

Hébreux 9, 9-14 C’est là un symbole pour le temps présent: des offrandes et des sacrifices y sont offerts, incapables de mener à l’accomplissement, en sa conscience, celui qui rend le culte. Fondés sur des aliments, des boissons et des ablutions diverses, ce ne sont que rites humains, admis jusqu’au temps du relèvement. Mais Christ est survenu, grand prêtre des biens à venir. C’est par une tente plus grande et plus parfaite, qui n’est pas oeuvre des mains-c’est-à-dire qui n’appartient pas à cette création-ci, et par le sang, non pas des boucs et des veaux (cf. Lev 16), mais par son propre sang, qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire et qu’il a obtenu une libération définitive. Car si le sang de boucs et de taureaux et si la cendre de génisse répandue sur les êtres souillés les sanctifient en purifiant leur corps, combien plus le sang du Christ, qui, par l’esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant.

Mais aussi :

Hébreux 10, 5-13
C’est pourquoi Christ, entrant dans le monde, dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, Mais tu m’as formé un corps ; Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : Voici, je viens Dans le rouleau du livre il est question de moi Pour faire, ô Dieu, ta volonté. Après avoir dit d’abord : Tu n’as voulu et tu n’as agréé ni sacrifices ni offrandes, Ni holocaustes ni sacrifices pour le péché ce qu’on offre selon la loi, il dit ensuite : Voici, je viens Pour faire ta volonté. Il abolit ainsi la première chose pour établir la seconde. C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. Et tandis que tout sacrificateur fait chaque jour le service et offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés, lui, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu, attendant désormais que ses ennemis soient devenus son marchepied.

⇒NB. S’il y avait le sacrifice de plusieurs animaux sur l’autel, il n’en reste désormais plus qu’un seul qui reste le même à chaque Eucharistie (cf.He 9, 29-26)

Le sacrifice est intériorisé, il n’est plus question d’offrir des animaux pour la rémission de péchés (cf. Lv 16, 9) mais de sacrifier en nous, l’homme animal (Ga 5, 24). A présent, deux choses demeurent « combien plus le sang du Christ, qui, par l’esprit éternel, s’offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant« . Ici bas, le corps (He 10, 10) et le sang (He 9, 14) sacrificiel du Christ nous purifie, par l’Eucharistie :

Matthieu 26, 26-28 Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit; puis, le donnant aux disciples, il dit: « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant: « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés.

Le sacrifice – et le sang qui lui est propre – est intériorisé dans le Christ. C’est à dire qu’Il est à la fois l’agneau du sacrifice et le prêtre sacrifiant. Le Christ se donne en sacrifice. Il en est de même pour l’Eucharistie où Il se donne et en même temps, où nous l’intériorisons par son absorption « en substance ». Par son absorption, nous Lui sommes assimilés. Tout ceci est très bien décrit par St Paul en Galates 2, 20 « J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi.« 

La nouvelle alliance est désormais contrastée avec l’ancienne qui était extérieure (cf.Ex 24, 1-9) et la réconciliation intérieur entre Dieu et nous, est désormais possible.

Ainsi purifiés « des œuvres mortes », il nous faut à présent « servir le Dieu vivant » !

La sanctification par la Charité

Sans entrer trop profondément dans le débat concernant la foi et les œuvres – car ce n’est pas notre sujet – il nous faut cependant en parler succinctement. Comment interprète-t-on  Jacques 2, 21 ? « Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel ? ». Comme nous venons de le voir, l’ancienne alliance offrait des « sacrifices extérieurs », or, il est bien question ici de son exacte contraire… Abraham obéissait à Dieu, en d’autre termes, il faisait Sa Volonté. Sacrifier son fils Isaac n’était pas seulement un sacrifice extérieur, mais intérieur aussi… car si l’oeuvre extérieure, ne provient pas d’une charité intérieur, « cela ne sert de rien » (1 Co 13, 3). Nous parlerons donc ici, « des œuvres de la Charité ».

Mais pourrions nous mieux définir la Charité que Jésus Lui même  ?

Matthieu 5, 43-48 « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense allez-vous en avoir? Les collecteurs d’impôts eux-mêmes n’en font-ils pas autant? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens n’en font-ils pas autant? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Voir le contexte (Mt 5, 17-48).

Jésus se pose en réformateur du judaïsme ici. Prenons pour exemple, la haine – supposée – de Dieu contre les amalécites (cf. Ex 17, 15-16), qu’Israël ne doit jamais oublier (Dt 25, 17). Le Christ prend même le contre pied du psalmiste :

Psaumes 139, 19-22  Dieu! si tu voulais massacrer l’infidèle! Hommes sanguinaires, éloignez-vous de moi. Tes adversaires disent ton nom pour tromper, ils le prononcent pour nuire. SEIGNEUR, comment ne pas haïr ceux qui te haïssent, ne pas être écœuré par ceux qui te combattent? Je les hais d’une haine parfaite, ils sont devenus mes propres ennemis.

Cette exigence imposée par Jésus, est impossible humainement, sans la grâce de Dieu. Mais une fois réconciliés avec ce qui en nous, se sent ennemi de l’autre  – dès le commencement – (cf. La situation de l’homme) et ce, malgré qu’il soit mon frère en humanité; comment nous serait-il possible de devenir parfait comme le Père ?

L’image parfaite du Père qu’il nous faut être ou devenir, c’est d’être miséricordieux (Luc 6, 36). Et cette miséricorde attendue, le Christ l’expose en Matthieu 25 dans le chapitre concernant le jugement dernier :

34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde.
35 Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli;
36 nu, et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi.
37 Alors les justes lui répondront: Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire?
38 Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir?
39 Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi?
40 Et le roi leur répondra: En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !

Il semble à présent que nous l’ayons compris, notre existence terrestre est un purgatoire, celui-ci est d’ailleurs une image de celui qui se trouve dans les cieux. Il y a de nombreuses images qui en attestent dans l’Ancien Testament, comme le livre de Job ou les 40 années que le peuple hébreu passa dans le désert entre l’épisode du veau d’or et l’entrée en terre promise, « renouvelant toute la génération »(Nb 32, 13).

Et puisque nous allons introduir le jugement, autant finir ce paragraphe avec :

Jacques 2, 13 « Le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde. La miséricorde triomphe du jugement. »

Le jugement particulier

Dès ici bas, nous sommes donc éprouvés dans la Charité, et sanctifiés par l’Eucharistie, avant d’être attiré par le Christ (Jn 12, 32) et d’aller à Sa rencontre à l’heure de la mort (2Co 5, 6-9; Php 1, 23-24). S’en suit un jugement particulier où :

Catéchisme de l’Église Catholique 1022 : « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Cc. Lyon: DS 857-858 Cc. Florence: DS 1304-1306 Cc. Trente: DS 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII: DS 1000-1001 XXII: DS 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII: DS 1002).

Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour (S. de la Croix, dichos 64) »

Le Purgatoire

Matthieu 12, 31-32 Voilà pourquoi, je vous le déclare, tout péché, tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné; mais s’il parle contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni en ce monde ni dans le monde à venir.

Ce passage laisse entendre qu’il y aurait une possibilité de pardon dans « le monde à venir« . Ce qui peut se comprendre, car tous les hommes n’ont pas la possibilité de rencontrer et connaître le Christ ici bas. Néanmoins certains d’entre eux, s’efforcent d’être justes, « non sans le secours de la  Grâce de Dieu » (cf. Rm 2, 14-16;  Lumen Gentium 16).

Ce qui est le cas de ceux qui « autrefois avaient été incrédules » en temps de Noé :

1 Pierre 3, 18-20 Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair, mais ayant été rendu vivant quant à l’Esprit, dans lequel aussi il est allé prêcher aux esprits en prison,qui autrefois avaient été incrédules, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours de Noé, pendant la construction de l’arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, c’est-à-dire, huit, furent sauvées à travers l’eau.

Ici donc, le Christ « ayant été mort (…) est allé prêcher aux esprits en prison« . Si donc le Christ prêche aux incrédules qui sont morts au temps de Noé, ne prêchera-t-il pas à ceux qui sont incrédules de nos jours et qui n’ont pas pu Le connaître  ? N’est-ce pas, non pas « une seconde chance », mais La chance de rencontrer le Christ pour tous les hommes ? C’est ce que peut signifier la parole du Christ en Mt 12, 32 « lui sera pardonné ni en ce monde ni dans le monde à venir. » Il existe un pardon dans le monde à venir comme il en a existé un dans celui qui est passé. Car « même aux morts la bonne nouvelle a été annoncée, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu par l’Esprit. » (1P 4, 6).

Nous arrivons à présent au passage des Ecritures qui manifeste le mieux la réalité du purgatoire :

1 Corinthiens 3, 11-15 :
11 Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ.
12 Or, si quelqu’un bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume,
13 l’œuvre de chacun sera manifestée ; car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’œuvre de chacun.
14 Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense.
15 Si l’œuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense ; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu.

Jésus dit : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments: celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, il se dessèche, puis on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent. » (Jn 15, 5-6)

Le fondement, la vigne, c’est le Christ, et comme nous l’avons vu, le Christ Eucharitié et nos sacrifices intérieurs. Par l’Eucharistie et à travers les sarments que nous sommes, le Christ fait porter du fruit à Sa vigne. Et »tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore.« (Jn 15, 2b). émonder signifie tailler, nettoyer, purifier… Comme le sarment qui se dessèche et qui est jeté au feu, la taille que l’on émonde, l’est elle aussi. Dans ce monde (par le sacrifice intérieur) ou dans l’autre (par le purgatoire).

Mais revenons à 1 Co 3, 11-15. Si nous observons les temps qui sont employés, nous remarquons que le verset 11 est au passé, que le 12 est au présent et que les suivant sont au futur. « L’œuvre de chacun sera manifestée ; car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révélera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’œuvre de chacun. » (v.13)

« Car le jour la fera connaître« , il est donc ici question d’un jour, dans le futur et « le jour » dans le langage biblique, c’est le jour du jugement et ici, celui du jugement particulier. Ce « jour » est signifié en Matthieu 24, 42 « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra.« Matthieu 24, 44 « C’est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas. » Luc 21, 36 « Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l’homme. » etc.

« Ce jour » donc, révélera l’oeuvre du Christ à travers nous, « par le feu » et le feu du purgatoire (1 Pi 1, 7; Jb 23, 10). v.15 « Si l’œuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense ; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu. » A savoir, qu’une »oeuvre morte » ne condamne pas une personne, et qu’elle en est pardonnée et sauvée, « dans l’autre monde » à travers le feu.

Pour ce qui est du verset 12, nous avons deux groupes d’éléments : l’or, l’argent, les pierres précieuses d’un côté  -Les œuvres vivantes – et le bois, le foin et le chaume de l’autre – les œuvres mortes. Les uns se consument par feu et les autres pas.

Psaumes 66, 10-12 : Tu nous as éprouvés, ô Dieu, épurés comme on épure l’argent ; tu nous as fait tomber dans le filet, tu as mis sur nos reins une étreinte ; tu fis chevaucher à notre tête un mortel ; nous passions par le feu et par l’eau, puis tu nous as fait reprendre haleine.

La situation du Riche et de Lazare

Nous arrivons à présent dans une étude qui nous dévoile de beaucoup ce que le purgatoire peut être. Mais avant de parler de cette parabole, reprenons les paroles du Christ au jeune homme riche « qui avait de grands biens » (Mt 19, 22), et Qu’Il « aima » (Mc 10, 21) .

Matthieu 19 23-26 Et Jésus dit à ses disciples: « En vérité, je vous le déclare, un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. » A ces mots, les disciples étaient très impressionnés et ils disaient: « Qui donc peut être sauvé? » Fixant sur eux son regard, Jésus leur dit: « Aux hommes c’est impossible, mais à Dieu tout est possible. »

« Un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux« , il n’est pas dit ici qu’il n’y entrera pas ! Il est dit qu’il y entrera difficilement. Il ne pourra d’ailleurs pas y entrer de lui même car cela serait plus difficile pour lui « qu’à un chameau de passer par un trou d’aiguille« . Les disciples se questionnent légitimement en usant le bon sens « Qui donc peut être sauvé? » A quoi Jésus répond que Dieu peut rendre possible le salut de l’homme riche ! Oui, mais comment alors ? Et si le chat de l’aiguille n’était autre que le purgatoire où l’on se dépouille de ce qui est superflu aux yeux de Dieu ?

Luc 16, 19-31 « Il y avait un homme riche qui s’habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins.Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d’ulcères au porche de sa demeure.
21 Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères.
22 « Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d’Abraham; le riche mourut aussi et fut enterré.
23 Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés.
24 Alors il s’écria: Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes.
25 Abraham lui dit: Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant ta vie, comme Lazare le malheur; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance.
26 De plus, entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous.
27 « Le riche dit: Je te prie alors, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père,
28 car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture.
29 Abraham lui dit: Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent.
30 L’autre reprit: Non, Abraham, mon père, mais si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront.
31 Abraham lui dit: S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus.

Nous assistons ici à deux situations renversées. Sur terre, le pauvre a purgé sa peine mais pas le riche; au ciel, c’est le riche qui est dans le purgatoire tandis que Lazare est dans le sein d’Abraham. Au verset 24, le riche demande pitié, il intercède auprès d’Abraham pour que celui-ci envoie Lazare lui donner de l’eau. Au verset 27, Le riche intercède à nouveau pour ses proches auprès d’Abraham pour envoyer Lazare – un de chez les morts – prévenir ses cinq frères. Vu qu’il ne peut y avoir de miséricorde en enfer, que le riche en fait preuve, il est en conséquence, au purgatoire (cf. Mt 5, 7Jc 2, 13). 

Avant de finir avec un passage de l’Encyclique du pape Benoît XVI « Spe Salvi« , citons un dernier passage du livre des Maccabée qui cette fois-ci concerne l’intersession pour les morts, de ceux qui sont sur terre :

2 Maccabées 12, 43-46 : Il organisa une collecte auprès de chacun et envoya deux mille pièces d’argent à Jérusalem afin d’offrir un sacrifice pour le péché. C’était un fort beau geste, plein de délicatesse, inspiré par la pensée de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés.

Spe Salvi 47. Certains théologiens récents sont de l’avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté. C’est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s’écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l’impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme « par le feu ». Cependant, c’est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d’être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu. Ainsi se rend évidente aussi la compénétration de la justice et de la grâce: notre façon de vivre n’est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ, vers la vérité et vers l’amour. En fin de compte, cette saleté a déjà été brûlée dans la Passion du Christ. Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l’amour devient notre salut et notre joie. Il est clair que la « durée » de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le « moment » transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c’est le temps du cœur, le temps du « passage » à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ.[39] Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu’il est justice que parce qu’il est grâce. S’il était seulement grâce qui rend insignifiant tout ce qui est terrestre, Dieu resterait pour nous un débiteur de la réponse à la question concernant la justice – question décisive pour nous face à l’histoire et face à Dieu lui-même. S’il était pure justice, il ne pourrait être à la fin pour nous tous qu’un motif de peur. L’incarnation de Dieu dans le Christ a tellement lié l’une à l’autre – justice et grâce – que la justice est établie avec fermeté: nous attendons tous notre salut « dans la crainte de Dieu et en tremblant » (Ph 2, 12). Malgré cela, la grâce nous permet à tous d’espérer et d’aller pleins de confiance à la rencontre du Juge que nous connaissons comme notre « avocat » (parakletos) (cf. 1 Jn 2, 1).

Avant de terminer, contemplons ces autres passages que les Ecritures nous offrent :

Hébreux 9, 22-24 C’est avec du sang que, d’après la loi, on purifie presque tout, et sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon. Si donc les images de ce qui est dans les cieux sont purifiées par ces rites, il est nécessaire que les réalités célestes elles-mêmes le soient par des sacrifices bien meilleurs. Ce n’est pas, en effet, dans un sanctuaire fait de main d’homme, simple copie du véritable, que Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu.

Psaumes 58, 9-11 : Ôte mes taches avec l’hysope, je serai pur ; lave-moi, je serai blanc plus que neige. Rends-moi le son de la joie et de la fête : qu’ils dansent, les os que tu broyas ! Détourne ta face de mes fautes, et tout mon mal, efface-le.

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Une réflexion sur “Le Purgatoire

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