Tout d’abord, il semble inutile de rappeler que Saint Paul est l’apôtre des Nations (Rm 1, 5), choisi par le Christ (Ac 9, 15) pour cette œuvre, et qu’il est, de culture judéo-grecque, originaire de Tarse. Durant la jeunesse de Saint Paul à Tarse, un stoïcien de renom admiré de Sénèque y enseignait la philosophie, Athénodore. Difficile de penser qu’avec sa culture hellénistique, Saint Paul n’aurait jamais assisté à ses cours. 1
Pour mener à bien sa mission, Saint Paul s’appuiera sur la culture grecque qu’il a acquise et qu’il a en commun avec ses compatriotes. Il reprend à son compte plusieurs concepts stoïciens pour les adapter afin d’être bien compris de son auditoire.
Nous prendrons dans un premier temps ce que l’Esprit Saint (cf. 2 Tim 3, 16) à choisi de retenir (cf. 1 Thess 5, 21) a travers les acquis de la culture grec paulinienne et ensuite, nous ferons une lecture suivie du discours de l’Aréopage qui cite deux auteurs grecs et en évoque plusieurs pendant l’ensemble du discours.
La structure ecclésiale
En Eph 2, 19 le terme « concitoyen » trouve sa source chez les stoïciens, St Paul s’inspire également des termes de cité, demeure, construction afin d’expliquer la communion des saints dans des termes compréhensibles, aux grecs. 2
Il emprunte également le concept de corps a Sénèque pour définir le Corps mystique du Christ qu’est l’Eglise (cf. 1 Corinthiens 12) :
« Ce monde que tu vois, qui comprend le domaine des dieux et des hommes, est un : nous sommes les membres d’un grand corps » 3
D’où peut-il venir que la « Loi soit inscrite dans leur coeur » lorsque St Paul parle des païens?
Certains protestants objectent que ce langage ne peut être accordé à des personnes qui ne sont pas justifiées. Sur la base de Romains 7, 14-24 :
- Lettres de Sénèque : « Qu’est-ce qui nous attire dans une direction tout en nous efforçant d’aller dans une autre, et nous pousse vers ce que nous souhaitons éviter ? »
- Euripide, Hippolytais , 379 : « Nous comprenons et connaissons les bonnes choses, mais nous ne les réalisons pas. »
- Xénophon, Cyropœdia , VI. 1:41 : « Mais il est évident qu’il y a deux âmes, et que quand la bonne est au pouvoir, les choses honorables sont pratiquées, mais quand la mauvaise, les choses déshonorantes sont tentées.»
- Euripide, Médée , 1078 : « Je sais quel genre de mauvaises choses je vais faire, mais la passion est plus forte que mes desseins. Et c’est pour les mortels une cause de très grands maux. »
- Ovide, Métamorphoses , 17 :17 : « Je désire une chose, l’esprit en persuade une autre ; Je vois et j’approuve les meilleures choses, je suis les pires choses. »
Tout ceci contribue très probablement à ce que l’Apôtre dit par ailleurs :
« Car ce n’est pas ceux qui écoutent la Loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui pratiquent la Loi, ceux-là seront justifiés. Quand des païens qui n’ont pas la Loi pratiquent spontanément ce que prescrit la Loi, eux qui n’ont pas la Loi sont à eux-mêmes leur propre loi. Ils montrent ainsi que la façon d’agir prescrite par la Loi est inscrite dans leur cœur, et leur conscience en témoigne, ainsi que les arguments par lesquels ils se condamnent ou s’approuvent les uns les autres. » (Romains 2, 13-15)
St Paul, les stoïciens et les épicuriens à l’Aréopage:
Au verset 16 4, St Paul a « l’esprit exaspéré en observant la ville livrée aux idoles« . C’est ce qu’il conviendrait de garder en filigrane tout au long du discours afin d’en saisir l’enjeu. Il discutait avec le « tout venant » et parmi eux, des épicuriens et des stoïciens. Certains le qualifient de « prêcheur de divinités étrangères » et c’est alors, qu’il est emmené à l’Aréopage. Bien qu’il n’y ait pas de consensus sur la raison pour laquelle, St Paul est « emmené« , 5 l’affaire semble plus grave qu’il n’y parait et St Paul, en bon connaisseur de la culture hellénistique, ne peut pas ignorer le procès qui conduisit Socrate à sa mort.
La plus grande partie du discours de l’Aréopage est consacrée à ce que les épicuriens, plus encore les stoïciens et St Paul ont en commun à propos de Dieu et de l’idolâtrie. Outre le risque probable pour lui, il est aussi question de promouvoir le christianisme auprès de cet auditoire.
22 Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, fit ce discours : « Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux.
Citons ici l’article de Renée Koch Piettre dans Diogène 2004/1 (n° 205), pages 52 à 68 (En lien en bas de page) :
« Lorsque St Paul reproche aux Aréopagites d’être « un peu trop superstitieux », il emploie un terme qui veut dire « craignant les dieux », et qui peut renvoyer aussi bien au scrupule religieux qu’à la superstition ; or la grande voie du salut épicurien consiste justement à enseigner à ne plus craindre les dieux. Si ce sont des Épicuriens que Paul a en face de lui, l’expression se charge de sens, à la fois flatteuse dans le ton et cinglante sur le fond. Mais par ailleurs les Épicuriens pratiquaient précisément une telle forme mixte de blâme et d’éloge, comme on le voit faire par Épicure lui-même lorsque dans une lettre il vante un geste d’enthousiasme d’un disciple en le qualifiant pourtant de contraire à la doctrine physique » 6
23 En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.
Les dieux inconnus nous sont parvenus à travers le récit d’Epiménide, rapporté par Diogène Laërce :« Les Athéniens, affligés de la peste, ayant reçu de l’oracle de Delphes l’ordre de purifier leur ville, envoyèrent un vaisseau en Crète, sous la conduite de Nicias, fils de Nicératus, pour en ramener Épiménide. Il s’embarqua dans la quarante-sixième olympiade, purifia la ville et fit cesser le fléau. Voici de quelle manière il s’y prit : Il choisit des brebis blanches et des brebis noires qu’il conduisit à l’Aréopage ; de là il les laissa aller à leur gré, en ordonnant à ceux qui les suivaient de les sacrifier aux divinités des lieux où elles s’arrêteraient. Ainsi cessa la peste. Aujourd’hui encore on rencontre, dans les différents dèmes de l’Attique, des autels sans nom élevés en mémoire de cette expiation. » 7
Comment concilier le Dieu inconnu de St Paul avec le sacrifice d’un mouton à l’une des divinités païennes ?
L’archéologie n’a pour l’heure trouvé que des monuments « aux dieux inconnus », ce qui inévitablement, nous interpelle a propos de l’emploi du singulier chez St Paul. Considérant la citation de Diogène, une première interprétation peut nous apparaitre. Les athéniens devait ignorer lequel de ces dieux était à l’origine de la purification de la ville. C’est pourquoi il y eut plusieurs sacrifices pour plusieurs divinités grecques, de sortes que l’on ne puisse attribuer le miracle qu’a l’une de ces divinités, sans savoir laquelle. Le but étant d’un point de vue paulinien que Dieu « ait voulu qu’ils cherchent le Seigneur et qu’ils s’efforcent de le trouver en tâtonnant » (V. 27). Ce n’est donc pas l’une de ces divinité qui serait à l’origine du salut des athéniens mais plutôt le Dieu que l’on cherche et qu’il est impossible de se représenter (cf. Dt 4, 15). Blaise Pascal dira plus tard : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ».
24 Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des sanctuaires faits de main d’homme
St Paul n’est pas du tout en train de s’opposer à son auditoire ici, voire même, il lui emboite le pas étant lui même de culture grecque. Ce serait enfoncer des portes ouvertes que de prétendre le contraire. Pour les grecs, dieu est vu comme une cause, une origine et un père :
Platon Timée [28c] « tout ce qui est sensible, tombant sous les sens et l’opinion, naît et périt, nous l’avons vu; et tout ce qui naît, doit nécessairement, disons-nous, venir de quelque cause. Mais il est difficile de trouver l’auteur et le père de l’univers, et impossible, après l’avoir trouvé, de le faire connaître à tout le monde. Il s’agit, en outre, de savoir lequel des deux modèles l’auteur de l’univers a suivi«
Epictete Entretiens III « Quelle conclusion peut-on tirer de ce que dieu est le père des hommes? »: « Si on pouvait partager, autant qu’on le doit, cette croyance, que nous sommes tous enfants de Dieu au premier chef, que Dieu est le père des hommes et des divinités, jamais, je pense, on n’aurait de soi des idées qui nous amoindrissent, ou nous rapetissent. »
Pour ce qui est des « sanctuaires faits de main d’homme« , Plutarque dans « Les contradictions des stoïciens 6 » relate que Zénon de Citium, fondateur du Stoïcisme, soutenait que :
« C’est encore un principe de Zénon qu’il ne faut pas construire de temples aux dieux, car un temple a peu de valeur et n’est pas saint : l’oeuvre des architectes et des ouvriers ne vaut pas grand chose. Et ceux qui approuvent ces idées et les trouvent excellente se font initier dans les temples, montent à l’Acropole, se prosternent devant des statues des dieux et placent des couronnes dans les sanctuaires, oeuvre d’architectes et d’ouvriers, qui sont des hommes.«
Saint Augustin dans le chapitre X de « la cité de Dieu« , rapporte ces mots de Sénèque. (Cet ouvrage de Sénèque, mentionné aussi par Tertullien dans son Apologétique, ch. 12, n’est pas parvenu jusqu’à nous) :
« On fait servir, dit-il, une matière vile et insensible à représenter la majesté inviolable des dieux immortels; on nous les montre sous la figure d’hommes, de bêtes, de poissons; on ose même leur donner des corps à double sexe, et ces objets, qui seraient des monstres s’ils étaient animés, on les appelle des dieux !«
Ce que nous devons bien garder à l’esprit ici, c’est que le peuple athénien lui, croyait en Zeus, Héracles, Athéna, Era etc. Ils participaient au cultes et faisaient des offrandes au divinité représentées par des statues. Idem pour certains stoïciens qui s’adonnaient à ces pratiques tout en connaissant la pensé de leur fondateur.
25 il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire.
Après avoir apostrophé les stoïciens, St Paul interpelle les épicuriens en évoquant Euripide qui dans « Heracles Furieux » (Vers 1345) disait : « Un Dieu, s’il est toutefois réellement Dieu, n’a besoin de personne« , ainsi que d’autres auteurs. 8
Comme évoqué déjà plus haut, au verset 22, les épicuriens – voulant libérer les hommes de l’angoisse – enseignent que les dieux n’ont absolument rien à faire des affaires des hommes et que par conséquent, les hommes fabriquant leur représentations imaginaire et leur faisant des offrandes sont parfaitement dépourvue d’intérêts pour eux. (cf. Epicure Lettre à Ménécée) 9
28 Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ainsi l’ont également dit certains de vos poètes : Nous sommes de sa descendance.
Saint Paul cite ici entre deux et quatre auteurs grecs. « La vie, le mouvement et l’être » étant communément attribué à Epiménide 10 est également originaire de Platon nous informe la note en bas de page de la TOB.
Platon réforma la philosophie qui depuis Parménide voyait leur dieu comme immobile. 11
Puisque c’est Dieu qui a fait le ciel et la terre, que c’est lui qui nous a façonnés, en nous donnant « la vie, le mouvement, l’âme et la pensée » 12, qu’il est pour nous une cause et un père, comment alors pourrions nous l’idolâtrer, en faire des représentations imaginaires ?
« Nous sommes de sa descendance » est quand à lui attribué à Aratos dans Phénomènes 5, ainsi que Cléanthe Hymne à Zeus 4. 13
29 Si donc nous sommes de la descendance de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité est pareille à une statue d’or, d’argent ou de pierre sculptée par l’art et l’imagination de l’homme.
C’est ici que s’achève le discours de St Paul, concernant l’idolâtrie du peuple d’Athènes bien évidemment moqué par des épicuriens qui les trouvent superstitieux et vains et les déploré par des stoïciens qui dédaignent cette pratique. Ce n’est pas une vague idée chez ces deux courants puisque cela provient de l’enseignement des fondateurs Epicure et Zénon de Citium. C’est donc de façon tout à fait consensuel que Saint Paul cite ces auteurs, souligne et répète par ce verset, que Dieu est origine, qu’il nous dépasse, qu’il n’a pas besoin de nous pour faire des statues provenant de l’imaginaire des hommes pour le représenter.
On notera l’absolu silence de l’auditoire qui finira par ne manifester son désaccord que plus après, lorsqu’il sera question de la résurrection. 32 Quand ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquaient, et les autres déclarèrent : « Là-dessus nous t’écouterons une autre fois. »
Les questions que cela pose au Sola Scriptura :
Il y a quelque chose de saisissant dès que l’on commence à y penser un peu. Alors que les israëlites ont eu besoin que Dieu intervienne, qu’Il descende sur le Mont Sinaï pour leur donner ce commandement Ex 20, 4 : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. » les grecs eux, l’auraient comprit par leur propre moyens ? Difficile à croire et cependant, c’est ici que nous en sommes rendu par la force des choses. A moins que ?
Dieu, s’est choisi St Paul pour être l’Apôtre des Nations. St Paul étant grec, citoyen de Rome, Pharisien instruit par Gamaliel, est un érudit. Il connait parfaitement la bible, mais aussi la culture hellénistique. Et bien qu’ayant ce bagage culturel sur lequel il s’appuiera, Dieu le choisi, quand même. St Paul inspiré de l’Esprit Saint s’appuie et s’inspire également de cette culture pour son ecclésiologie et pour définir une partie du combat que la Loi mène entre le péché et la conscience. Mais St Paul ne s’arrêtera pas là. St Luc relatant son passage à Athènes le fera citer deux auteurs païens avec lesquels, il sera d’accord. Il les citera pour appuyer son discours et s’adapter à son auditoire épicurien, stoïcien et « tout venant« .
Les questions qui se posent donc sont les suivantes. St Paul s’appuyant sur la culture hellénistique pour définir des points fondamentaux de la foi s’appuie-t-il sur une tradition étrangère ou bien sur l’Ecriture seulement ? Sur quelle autorité St Paul se fonde-t-il ?
La confession de la Rochelle nous dit dans son article 5 « Nous croyons que la Parole contenue dans ces livres a Dieu pour origine« . Luther écrit que « Toute la Bible est une et unique » ou encore « Ici, je ne veux pas avoir de maître ni d’autorité, si ce n’est la Parole de Dieu. » Quant à Calvin : « Nous avons un moyen simple et sûr pour ne pas nous égarer, à savoir de suivre purement la doctrine de l’Évangile et de ne pas nous détourner de ce qui est enseigné là. […] Si nous prétendons être disciples de l’Évangile, nous devons nous conformer à ce qui est écrit dans l’Évangile. » Ou encore : « Nous savons par la foi que la parole procède de Dieu et que, portée par l’Esprit, elle a été consignée par les prophètes et les apôtres. C’est pourquoi, les Écritures sont appelées ‘la bouche de Dieu’.« ; « Les Écritures sont la lanterne de l’Esprit Saint » etc.
Notons qu’il existe une autre citation d’Epiménide qui n’a pas été traité ici en Tite 1, 12.
Questionnements :
Puisque ces deux (trois avec Tite 1, 12. L’article sera mis à jour avec l’interprétation de ce verset) citations proviennent d’auteurs païens sont cité en accord avec le raisonnement de St Paul, doit-on les considérer comme venant de Dieu ? Ou bien ne le doit on pas ?
Ces fragments cités sont-ils partiellement inspirés par Dieu dans la pensé de leur auteurs et dans les écrits qu’ils ont laissé, en dehors de l’Ecriture ? Sont-ils inspiré dans l’Ecriture mais pas dans les oeuvres originales et dans ce cas, qu’est-ce qui fait que St Paul s’en inspire et les cite ?
Calvin prétend que ces auteurs sont parvenu à comprendre cela par la « raison naturelle ». Mais alors, cette partie de l’Ecriture ne serait pas inspiré ce qui ferait que toute l’Ecriture ne le serait pas ? St Luc choisirait donc d’écrire des paroles non inspirées dans la bible d’un côté et St Paul de les dire. Mais il faudrait démontrer en quoi exactement ces paroles et seulement elles, ne seraient pas inspirées et expliquer pourquoi St Paul lui, prend appui sur elles et s’en inspire pour convaincre son auditoire ?
Un dilemne se pose pour tout protestant honnête. Soit, ces citations ne sont pas inspirées ce qui conduit à dire que toute l’Ecriture ne l’est pas, ce qui circonvient à 2Tim 3, 16. Soit, elles le sont et alors elles le sont également, en dehors des Ecritures ce qui procure une autorité, certes relative, mais en dehors des Ecritures, dans la culture grecque.
La doctrine réformée considère ces auteurs comme totalement corrompus, et même prédestinés à l’enfer. Cependant, Dieu leur permettrait de se hisser jusqu’à la hauteur de l’un des commandements du décalogue dans un sens premier mais à propos d’un Dieu inconnu dans un sens second, d’après St Paul.
La question que l’on peut légitimement se poser est la suivante : Que peuvent répondre les protestants à ce propos sans faillir à leur dogmes ?
Et en tant que catholiques, nous, que devons nous en penser ?
Ce que l’Ecriture nous enseigne, c’est que Dieu s’est choisi un peuple pour se révéler. Israël. Mais elle ne nous dit pas que cela. Sur son lit de mort, Noé prophétise à travers sa bénédiction. Gn 9, 27 « Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu’il habite dans les tentes de Sem«
A noter que Japhet, est le patriarche de tout l’occident. Et notamment, des grecs, en tout premier lieu. 14 Une promesse spécifique a donc été faite concernant les grecs et l’occident, en général.
Concernant Ac 17, 28 , la « Bible Chrétienne » nous rapporte :
En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être : Citation explicite du poète Epiménide (vie siècle av. J.-C), répondant à: «donne à tous la vie, le souffle et toutes choses » du verset 25b. Mais c’est aussi une affirmation fréquente de la Bible (// Jn 1,3-4 Ps 36,10 Sg 7,24 Sg 7,27 Jdt 16,14). Comment comprendre qu’en Dieu nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes, si ce n’est qu’il enserre et maintient le monde par sa puissance (origène : De Principiis, il, 1, 3 — SC 252, p. 238).
C’est vivimus qu’il y a d’abord, et après vient le mouvement, et c’est tout à la fin qu’il n’y a pas moyen de ne pas nous apercevoir, et comment ! que nous existons… mettant en premier la vie, ce que nous tenons de la conception, et puis un pouvoir d’action autonome, et enfin, la réalisation en une personne consciente, avec un visage et un nom, ordonnée dans l’affirmation… Quand donc saint Paul nous dit que nous vivons en Dieu, est-ce que c’est vrai, oui ou non ? Et j’ajoute : de Dieu. Et j’ajoute pour Dieu (p. Claudel : xxii, 180 : xxi, 404; xxiii, 219).
Voilà comment un mystique rend compte d’une telle expérience.
Bernard de Clairvaux : Sur le Cantique, S. 74, 5 (Ed. J. Leclercq n, p. 242-243) — J’avoue qu’à moi aussi le Verbe est advenu — «je le dis comme dans ma folie » () — et plusieurs fois. Cependant, bien qu’il soit entré souvent en moi, je n’ai jamais pu sentir de quelle façon. J’ai senti sa présence ; je me rappelle qu’il était là; parfois j’ai pu pressentir sa venue, mais je n’ai jamais senti son entrée, pas plus que sa sortie. Conformément à ce que disait Jésus à Nicodème : « Tu ne sais d’où il vient ni où il va » (Jn 3,8)… Par où est-il donc entré ? — Il n’avait pas à entrer, puisqu’il ne venait pas du dehors : rien ne lui est en effet « du dehors ». Mais il n’est pas non plus venu du dedans, car il est bon, et je sais qu’il n’est en moi rien de bon. Je suis même monté plus haut que moi, et voici que le Verbe était plus haut encore. Explorant en moi les profondeurs, je l’ai trouvé plus profond. Si j’ai cherché hors de moi, je l’ai découvert bien au-delà; à l’intérieur, à moi plus intime que moi-même. Ainsi ai-je su qu’était vrai ce que j’avais lu: «En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » ; et celui-là est bienheureux qui est en lui, vit pour lui, est mû par lui.
Car nous sommes de lui et de sa propre race : Citation des Phénomènes d’Aratos (uf siècle av. J.C.), proche d’une pensée du stoïcien Cléanthe. Le texte d’Aratos signifie : « nous tirons de lui notre origine. » Le sens en est donc «accommodé», sans doute pour un rapprochement avec l’idée d’image de Dieu (Note tob. // Gn 1,26-27 Si 17,3 cf. 2P 1 Jn 1Jn 3,2). »
Quant au Magistère :
Lumen Gentium 16 : Et même des autres (païens), qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17,25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, que tous les hommes soient sauvés (cf. 1Tm 2,4). En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Evangile du Christ et son Eglise, mais cherchent pourtant Dieu d’un coeur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel(19).
JEAN-PAUL II REDEMPTOR HOMINIS
11. Le mystère du Christ à la base de la mission de l’Eglise et du christianisme
« Quant à la religion, il s’agit avant tout de la religion comme phénomène universel, qui fait partie de l’histoire humaine depuis son commencement; puis des diverses religions non chrétiennes et enfin du christianisme lui-même. Le document conciliaire consacré aux religions non chrétiennes est, en particulier, plein d’une profonde estime pour les grandes valeurs spirituelles, bien plus, pour le primat de ce qui est spirituel et qui, dans la vie de l’humanité, trouve son expression dans la religion, puis dans la moralité qui se reflète dans toute la culture. A juste titre, les Pères de l’Eglise voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d’une unique vérité, comme des «semences du Verbe» 67 témoignant que l’aspiration la plus profonde de l’esprit humain est tournée, malgré la diversité des chemins, vers une direction unique, en s’exprimant dans la recherche de Dieu et, en même temps, par l’intermédiaire de la tension vers Dieu, dans la recherche de la dimension totale de l’humanité, c’est-à-dire du sens plénier de la vie humaine. Le Concile a eu une attention particulière pour la religion judaïque, en rappelant l’important patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs, et il a exprimé son estime pour les croyants de l’Islam dont la foi se réfère aussi à Abraham 68. (cf. Ad gentes, n. 11; Lumen gentium, n. 17)
Conclusion
St Luc et St Paul ont voulu que des citations provenant de philosophes païens soient dites et écrites dans les actes des Apôtres et dans l’épître à Tite. Toute l’Ecriture est inspirée tant pour les protestants que pour les catholiques. Ce qui fait que ces citations, sont inspirées aussi, puisque St Paul et St Luc, loin de les contredire dans le texte, prennent appuie sur elles comme étant commune avec la foi chrétienne. Puisque ces citations figurent dans la bible, qu’elle sont donc inspirées, alors, d’autres passage, d’autres écrits à l’extérieur de la bible doivent être considérés comme inspirés bien que ne faisant pas parti d’une nouveauté de la révélation. En conséquence, le sola scriptura devient impossible, puisque d’autres voie existent dans d’autres religions, comme l’atteste l’Ecriture, elle même. Bien évidemment, s’il existe des voies extérieurs dans d’autres religions, nécessairement, ces voies doivent conduire au Christ, par la Foi et la Charité. Mais ceci est une autre histoire.
Non seulement, le sola scriptura n’est pas dans les écritures mais les écritures nient le sola scriptura.
- Saint Paul et le stoïcisme; Paul et les Épicuriens d’Athènes entre polythéismes athéismes, et monothéismes ↩︎
- Michel Fattal « Saint Paul face aux philosophes épicuriens et stoïciens » Note bas de page 38; Les Entretiens d’Epictete ↩︎
- Michel Fattal « Saint Paul face aux philosophes épicuriens et stoïciens » Note 38; Sénèque Ep 95, 52 ↩︎
- Actes des Apôtres 17, 16 ↩︎
- Eugène Jacquier « Les Actes des apôtres » p. 525-526 ↩︎
- Paul et les Épicuriens d’Athènes entre polythéismes athéismes, et monothéismes ↩︎
- Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité, Livre I, chap 10 ↩︎
- Antiphon le Sophiste, dans La Vérité (Sur la vérité I), chez Chrysippe que cite Plutarque « Des contradictions des Stoïciens » 39-40 3 ↩︎
- Michel Fattal « Saint Paul face aux philosophes épicuriens et stoïciens » chapitre 2 ↩︎
- Epiménide chez Saint Paul cf. Eugène Jacquier « Les Actes des Apôtres« ; Abbé Marc Delage « Résonances grecques dans le discours de Saint Paul à Athènes« ; A.M Dubarle « Le discours à l’Aréopage et son arrière plan biblique » ↩︎
- Michel Fattal « Saint Paul face aux philosophes épicuriens et stoïciens » Chapitre 10 ↩︎
- Platon Sophiste 248e ↩︎
- « La filiation divine d’après Cléanthe et Aratos » dans Synergia, la parenté de l’Homme avec Dieu d’Homère à la patristique. 1964. pp. 137-141 ↩︎
- cf. Table des Nations Gn 10 ↩︎
